POUR UNE LANGUE TELLE QU'ON LA PARLE

Après sa naissance et pendant sa première année, l'enfant ne fait qu'écouter. Au bout d'un an approximativement, il commence à émettre des sons simples, monosyllabiques, que l'on pourrait interpréter comme des "mots".  Après 18 mois ces sons deviennent des mots identifiables, souvent composés de deux syllabes, parfois de trois. A deux ans, l'enfant est généralement capable de s'exprimer par de courtes "phrases" et par certains "mots". A ce stade l'enfant ne fait pas la distinction entre une expression et un mot. Progressant dans son développement, l’enfant répète ce qu’il a entendu son pour son, accumulant ainsi diverses expressions qui véhiculent certains messages. Il a conscience de la fonction de ces sons sans être clairement conscient de leur sens. En français, par exemple, l'enfant intègre la phrase "kesskseh" (qu’est ce que c’est) en tant qu'outil servant à exprimer une demande : il ne réfléchit pas aux mots qui la composent et encore moins à la signification de ces mots.

Ainsi l'acquisition du langage se fait par accumulation d'expressions et de sons clés qui provoquent une réponse ou une réaction chez leur auditeur. La notion de "mot" n'apparaît qu'à partir de la troisième ou quatrième année, quand l'enfant est déjà parfaitement capable de s'exprimer et prêt à apprendre à lire.

Chez l'élève, l'apprentissage d'une langue suit un processus inverse : il a toujours pour point de départ le mot et aboutit à la construction de phrases. De plus cette démarche dépend de la compréhension visuelle de l’élève, de sorte  qu'il veut voir le mot écrit avant même de se risquer à le prononcer.

Or, la prononciation du mot est influencée par la façon dont les lettres qui le composent seraient prononcées dans la langue maternelle. De plus, en donnant la priorité à l'apprentissage des "mots" et en ne formant des phrases qu’avec les mots appris, l'élève n'acquiert pas vraiment les expressions et le vocabulaire employés couramment pour communiquer dans cette langue.

L'Anglais par le Théâtre applique une méthode qui a pour base deux principes : accepter une certaine frustation et faciliter la compréhension et l’expression. En effet la méthode ne garantit pas à l’élève la « sécurité » du mot écrit mais le projette dans des situations réelles utilisant une langue authentique de communication. Etant amené à jouer des personnages, c'est à dire endosser des identités différentes de ce qu'il est, l'élève est libéré du besoin de traduire dans une autre langue ce qu’il veut dire. C'est ce problème du passage d'une langue à l'autre qui mène généralement à des blocages psychologiques car la personne ne trouve pas le bon mot ou la formule adéquate.

Dans cette méthode les textes conçus contiennent des expressions clés et des mots utilisés dans le parler quotidien, ainsi que des structures grammaticales propres à  chaque texte. Par la répétition des textes, par leur mémorisation et leur utilisation dans une situation fictive, mais néanmoins réelle, l'acquisition d'une nouvelle langue peut se faire aussi naturellement que pour la langue maternelle.

Retour en haut